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LIVRES

10/06/2002
Boire, un plaisir sain

Jan Snel, professeur de l'Université d'Amsterdam et collaborateur d'ARISE (Associates for Research Into the Science of Enjoyment), a écrit un livre sur le plaisir de la consommation responsable d'alcool et perçoit le plaisir comme étant la base des effets favorables pour la santé.

Une consommation modérée d'alcool est bonne pour le cœur. Des études scientifiques démontrent en outre qu'une consommation moyenne de deux verres par jour entraîne un grand nombre d'autres effets favorables pour la santé. C'est ainsi qu'il ressort d'une étude épidémiologique qu'une consommation modérée d'alcool réduit les risques d'hémorragie cérébrale, de calculs biliaires, de calculs rénaux, de cancer du pancréas, d'ulcères à l'estomac, de cancer lymphatique non-Hodgkin, de grossissement bénin de la prostate, de cancer de la prostate et même de maladie de Parkinson. Les mécanismes sous-jacents de certains de ces effets favorables ont été dévoilés depuis, dont les effets sur les maladies cardio-vasculaires et sur la mort subite.
Une consommation modérée d'alcool améliore l'espérance de vie. Selon la majorité des chercheurs, c'est l'alcool même qui est à la base de ces effets salutaires. D'autres en cherchent les causes dans d'autres substances, comme les polyphénols, les anti-oxydants ou la vitamine B6.

Une heure ensoleillée

Si toutes ces affirmations sont exactes, comment se fait-il que ces substances bénéfiques ne soient pas vendues sous forme de pilules ? Pourquoi n'absorbons-nous pas, par exemple, une petite pilule d'alcool en guise de prévention contre les maladies cardio-vasculaires ? Selon Jan Snel, psychologue à l'Université d'Amsterdam, un tel procédé n'a aucun sens parce que les effets favorables d'une consommation responsable d'alcool ne se limitent pas à une simple influence sur la santé physique. Le fait de consommer de l'alcool exerce également un effet salutaire sur la santé cognitive et psychologique. Quelques verres par jour maintiennent les personnes âgées sur pied, elles restent plus actives sur le plan social et donc plus longtemps autonomes, déclare-t-il. Une telle "heure ensoleillée" a également un impact psychologique important. Les gens qui consomment des quantités responsables d'alcool sont généralement de meilleure humeur, ils se plaignent moins et ils sont moins susceptibles de commettre un suicide. Ils ont une vie sociale plus remplie que les non-buveurs ou les buveurs excessifs.
Les scientifiques ont tendance à chercher l'explication des effets favorables d'une consommation modérée d'alcool dans l'éthanol ou dans d'autres substances. On oublie trop souvent la raison pour laquelle les gens boivent modérément. Les gens consomment de l'alcool par plaisir. Des enquêtes démontrent que 60% des buveurs modérés boivent parce que c'est agréable et relaxant. Il est bien possible que le sentiment de bien-être qui apparaît lors d'une consommation modérée d'alcool soit à la base des effets favorables pour la santé. C'est du moins le raisonnement du prof. Jan Snel.

Bénéfique pour le système immunitaire

Il n'existe hélas que peu de recherches dans ce sens. Cette supposition est pourtant évidente. Des études ont en effet démontré que d'autres activités, comme le fait d'écouter de la musique, de manger des douceurs, d'exercer des activités délassantes ou de pratiquer l'humour peuvent constituer un véritable soutien pour le système immunitaire. Autrement dit, ces activités agréables ont bel et bien des effets favorables pour la santé physique. Saviez-vous que les personnes qui adorent profiter des douceurs vivent plus longtemps ? Tout comme c'est le cas pour les buveurs tempérés, les "amateurs modérés de sucreries" vivraient plus longtemps que les pratiquants de l'abstinence. La courbe en U qui existe pour la consommation modérée de sucreries ressemble étonnement à la courbe U bien connue de la consommation modérée d'alcool, déclare Snel dans son livre. Il a été prouvé que les activités et les loisirs relaxants améliorent la santé mentale, adoucissent l'humeur, amplifient la satisfaction dans son travail et ainsi de suite. En fait, toutes les activités agréables requinquent le système immunitaire. Elles préservent l'équilibre en nous et constituent un antidote pour la portion journalière de stress.
Le fait de savourer une bière ou un bon verre de vin constitue une combinaison des activités précitées. Il s'agit d'une occupation agréable, nous la pratiquons généralement en bonne compagnie, elle améliore notre humeur et elle est souvent l'amorce d'un bon trait d'humour. Bref, une consommation modérée d'alcool est agréable et ce fait est salutaire en soi pour notre santé.

Boire pour le plaisir contre noyer ses soucis

Boire pour le plaisir est autre chose que boire pour oublier ses soucis. C'est ce qui a été démontré dans le cadre d'une étude à grande échelle, entreprise à Heidelberg au début des années 90. Cette étude concernait un groupe de personnes âgées de 50 et de 60 ans, qui ont été suivies pendant 13 ans. Au cours de ce laps de temps, 2,5% des buveurs modérés sont décédés suite à des maladies cardio-vasculaires, contre 3,4% de non-buveurs et 5,6% de personnes qui boivent pour oublier leurs soucis. Les chercheurs en déduisent que les sentiments des gens par rapport à leur consommation d'alcool sont partiellement responsables des effets sur leur santé.
Une autre étude démontre que le fait de se sentir coupable est un facteur important au niveau de la gravité de la gueule de bois, tant pour les hommes que pour les femmes. Les sentiments de culpabilité par rapport à la consommation d'alcool favoriseraient l'apparition d'une gueule de bois. Au lieu de se sentir coupable lorsqu'on dépasse les limites de la consommation modérée d'alcool, il serait préférable de mieux profiter des moments agréables. En soulignant sans cesse les dangers d'une consommation exagérée d'alcool, les gens développent des sentiments de culpabilité, déclare Snel. Les gens prennent peur par rapport à leur propre consommation d'alcool. Il serait préférable que les autorités soulignent les effets bénéfiques d'une consommation modérée d'alcool, du fait de savourer un verre de bière ou de vin en compagnie d'amis. L'apprentissage d'un bon comportement par rapport à la boisson doit s'appuyer sur un message positif. Les jeunes veulent faire l'expérience de la vie; ils veulent découvrir le monde autour d'eux. Les comportements extrêmes, qui effraient souvent les parents, disparaissent avec l'âge. Les parents doivent apprendre aux jeunes comment ils peuvent profiter de l'alcool et comment ils peuvent apprécier l'alcool. Lorsque vous interdisez aux jeunes de boire de l'alcool par peur des abus, vous favorisez précisément un comportement inadéquat par rapport à l'alcool.

Alcohol, de nuchtere feiten
Gunstige effecten van matige alcoholconsumptie
Jan Snel
Editeur : Gorcum Publishers, Pays-Bas
Date de parution : juin 2002


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